Par Marco Pasqua
En tant que personne ayant navigué dans le monde du travail avec un handicap visible, je sais à quel point les bonnes mesures d’adaptation peuvent avoir un effet transformateur : ils permettent d’égaliser les chances et de donner aux employés la possibilité d’être pleinement eux-mêmes au travail. Mais je sais aussi que, pour de nombreux employeurs, l’idée de devoir offrir des mesures d’adaptation peut sembler intimidante. Par où commencer ? Qu’est-ce qui est considéré comme « raisonnable » ? Et est-ce que cela ne risque pas d’être coûteux et compliqué ?
Je suis ici pour vous dire que les mesures d’adaptation n’ont rien d’effrayant. En réalité, lorsqu’elles sont bien mises en place, elles peuvent être bénéfiques autant pour les employés que pour les employeurs. Tout repose sur une approche individualisée et sur la recherche du bon ajustement.
Les bases des mesures d’adaptation
Tout d’abord, que signifie exactement le terme « mesures d’adaptation » ? En termes simples, les mesures d’adaptation sont des ajustements ou des modifications qui permettent d’éliminer les obstacles et d’accroître la productivité et l’efficacité dans l’exécution des tâches de travail lorsqu’elles sont bien mises en œuvre. Elles peuvent comprendre, par exemple :
- de la flexibilité dans la manière, le moment ou le lieu d’exécution du travail (p. ex. horaires modifiés, options de télétravail, etc.) ;
- des technologies d’assistance ou du matériel spécialisé (p. ex. lecteurs d’écran, claviers ergonomiques, bureaux ajustables) ;
- des modifications de l’espace physique (p. ex. élargissements des portes, toilettes accessibles, salles de tranquillité) ;
- des services de soutien comme des interprètes, des accompagnateurs ou des aides à la personne.
Et n’oublions pas que les mesures d’adaptation ne concernent pas uniquement les handicaps visibles. De nombreux employés bénéficient de soutiens moins apparents. Par exemple, la création d’espaces calmes ou l’offre d’outils d’assistance pour les sensibilités environnementales, comme des écouteurs antibruit, des bouchons d’oreilles ou même des fidgets, peuvent aider considérablement les employés ayant des sensibilités sensorielles à mieux se concentrer. De même, des horaires flexibles, des rencontres régulières de soutien en santé mentale ou l’accès à des services de counselling confidentiels peuvent faire une grande différence pour les employés vivant avec des troubles de santé mentale. En reconnaissant et en accommodant de façon proactive les handicaps invisibles, les organisations créent des milieux de travail plus sains, plus heureux et plus productifs pour tous.
Il est important de noter que les mesures d’adaptation peuvent intervenir à différentes étapes du cycle d’emploi. Pour mieux comprendre ce concept, consultez Quand faut-il mettre en place des mesures d’adaptation?1 dans l’Outil 3 sur le site Web de Compter sur l’inclusion.
Mon expérience des mesures d’adaptation en milieu de travail
Je vais être honnête : au début de ma carrière, j’hésitais toujours à demander des mesures d’adaptation au travail. Même si je savais qu’il existait des outils et des ajustements susceptibles de m’aider à être plus productif, je craignais les réactions possibles. Est-ce que mes collègues me verraient comme moins compétent ? Est-ce que mon gestionnaire penserait que je ne suis pas capable d’assumer les exigences du poste ? J’ai donc préféré me taire et faire de mon mieux avec les moyens du bord. Tout cela a changé lorsque j’ai commencé à travailler comme consultant en accessibilité pour le Presidents Group2 . Même si j’étais officiellement consultant pour les 25 entreprises membres, la caisse populaire Vancity Credit Union a proposé d’héberger mon poste et de me fournir un espace de travail les jours où je ne travaillais pas à distance.
Voyez-vous, la PDG de Vancity à l’époque, Tamara Vrooman, était aussi coprésidente du Presidents Group. L’accessibilité et l’inclusion faisaient donc déjà partie intégrante de la culture organisationnelle. Mais ce qui s’est passé ensuite m’a réellement impressionné.
Environ deux semaines avant ma date d’entrée officielle, j’ai reçu un appel du service des ressources humaines m’informant qu’une ergothérapeute de la Neil Squire Society viendrait au bureau pour évaluer les mesures d’adaptation dont je pourrais avoir besoin afin d’être pleinement opérationnel dès le premier jour. On m’a expliqué qu’il s’agissait d’une étape normale du processus d’intégration de TOUS les nouveaux employés, pas seulement de ceux en situation de handicap visible comme le mien.
Le jour de l’évaluation, après une heure à peine, l’ergothérapeute avait déjà repéré quelques ajustements simples. D’abord, mon bureau : elle a remarqué que je me penchais pour voir mon écran et a recommandé d’ajouter un bras ajustable pour le moniteur, afin de placer l’écran à la bonne hauteur. Puis, en jetant un coup d’œil sous le bureau, elle a dit : « Retirons ce grand tiroir à clavier encombrant pour que vous puissiez approcher votre fauteuil plus près. » Simple et efficace.
Nous avons ensuite parlé de mes déplacements entre la maison et le bureau. Elle a suggéré d’utiliser un plateau antidérapant sur mes genoux pendant mes trajets en fauteuil roulant, afin d’éviter que mon ordinateur portable ne glisse pendant que je travaille. Ingénieux !
À la fin de l’évaluation, nous avions une liste solide de recommandations. Et lorsque j’en ai discuté avec gestionnaire sur place, il a tout approuvé immédiatement, sans la moindre hésitation. Aucune bureaucratie, aucune analyse coûts-bénéfices : simplement un réel engagement à me permettre d’exceller dans mon travail.
Pour moi, cela en disait long sur la culture inclusive de Vancity. Cela montrait qu’ils ne se contentaient pas de parler d’accessibilité, mais qu’ils investissaient concrètement du temps et des ressources pour la mettre en pratique. Et bien que toutes les entreprises ne puissent pas avoir une ergothérapeute à portée de main, la leçon essentielle est la suivante : les mesures d’adaptation fonctionnent mieux lorsqu’elles sont envisagées de manière proactive, collaborative et comme une pratique normale de gestion, plutôt qu’un processus « spécial » activé uniquement lorsqu’un handicap est en jeu.
Et vous savez quoi ? Cet investissement précoce dans ma réussite a porté fruit. Avec la bonne mesure d’adaptation et des suivis réguliers, j’ai pu concentrer mon énergie sur mon impact plutôt que sur la gestion des obstacles. Au fil du temps, j’ai dirigé certaines de nos initiatives les plus ambitieuses en matière d’accessibilité et j’ai contribué à faire de Vancity un véritable chef de file en matière des services bancaires inclusifs.
L’avantage d’affaires des mesures d’adaptation
Mon expérience chez Vancity met en lumière plusieurs points essentiels concernant le pouvoir des mesures d’adaptation : 1. Elles profitent à tout le monde, pas seulement à quelques-uns. 2.
Elles favorisent des solutions créatives qui augmentent la productivité et le sentiment d’appartenance au travail.
Certains d’entre vous pensent peut-être : « D’accord, mais ce n’est qu’un exemple. Les mesures d’adaptation semblent coûteuses et perturbatrices. Qu’y a-t-il à y gagner pour mon entreprise ? »
Bonne question ! En réalité, les mesures d’adaptation sont bénéfiques pour les affaires. Voici quelques faits :
- Selopn le Job Accommodation Network3, plus de la moitié des mesures d’adaptation ne coûtent rien aux employeurs. Zéro. Et parmi celles qui ont un coût, la dépense unique moyenne s’élève à seulement 500 $.
- Les mesures d’adaptation améliorent le maintien en poste et la productivité. Lorsque les employés disposent des ressources nécessaires pour donner le meilleur d’eux-mêmes, tout le monde y gagne.
- Les milieux de travail inclusifs attirent les meilleurs talents. En se bâtissant une réputation d’accessibilité, les organisations accèdent à un bassin plus large de candidats qualifiés.
Ainsi, même s’il peut y avoir un léger investissement initial, le retour sur investissement des mesures d’adaptation est indéniable. Ce n’est pas seulement la bonne chose à faire : c’est aussi la plus judicieuse.
Mettre les mesures d’adaptation en pratique
Alors, comment les employeurs peuvent-ils concrètement appliquer ces principes ? Tout commence par l’intégration des mesures d’adaptation comme élément standard du processus d’accueil et de soutien continu des employés, exactement comme Vancity l’a fait pour moi, et cela a porté ses fruits.
Cela signifie mettre en place des politiques et des procédures claires, former les gestionnaires à aborder ces conversations avec bienveillance et ouverture et favoriser une culture où les employés se sentent en sécurité de demander ce dont ils ont besoin. Il faut aussi faire appel à des ressources spécialisées, comme des ergothérapeutes ou des prestataires de services en matière de handicap, qui peuvent aider à identifier et mettre en œuvre des mesures d’adaptation efficaces.
En résumé, les mesures d’adaptation sont un outil puissant pour libérer le plein potentiel de votre personnel. En adoptant une approche individualisée et proactive, vous créez un milieu de travail où chacun dispose du soutien nécessaire pour s’épanouir, et c’est une victoire pour les employés, les employeurs et la société dans son ensemble. Les meilleurs milieux de travail ne se contentent pas « d’accommoder » leurs employés : ils les valorisent. Quand l’accessibilité devient une priorité, tout le monde y gagne. Et c’est un investissement qui en vaut toujours la peine.
Sources:
1 Outil n o 3 : Mesures d’adaptation – Comment mettre en place des mesures d’adaptation en succursale pour les employés en situation de handicap. Extrait de https://bankingoninclusion.ca/fr/boite-a-outils/outil-no-3-mesures-dadaptation
2 Presidents Group leads the Accessible Employment movement. Extrait de https://accessibleemployers.ca/member-type/pg
3 Costs and Benefits of Accommodation. Extrait de https://askjan.org/topics/costs.cfm
